Projets Israël/Palestine au niveau européen

Ci-dessous une synthèse faite par Emilie Vayeratta, stagiaire au MAN Lyon en 2010, qui reprend les différents projets liés à la thématique Israël/Palestine au niveau européen.

Synthèse : Projets Israël/Palestine au niveau européen

Les deux mois de stage ont abouti à l’élaboration d’un état des lieux des projets des associations appartenant au réseau EN.CPS en vue de la résolution non-violente du conflit israélo-palestinien. Sur les dix-neuf associations appartenant à ce réseau, six ont eu ou ont actuellement des projets à cet égard : BSV et Forum ZFD d’Allemagne, KATU de Finlande, NPA de Norvège, NOVA d’Espagne, PATRIR de Roumanie. Trois autres associations ayant des liens avec le réseau ont été rajoutées à l’étude : ForAustria d’Autriche, Nonviolent Peaceforce réseau d’organisations non-violentes et SweFor de Suède.

Après avoir recensé et étudié les projets au cas par cas (consulter le tableau récapitulatif), des similitudes ont pu être notées. Deux organisations sur neuf travaillent dans le domaine de la médiation scolaire : NPA et KATU. Cinq organisations ont déjà organisé en Europe des tournées d’activistes israéliens et palestiniens œuvrant pour la paix : ForAustria, BSV, SweFor, KATU et NOVA qui organise des tournées d’activistes européens sur le terrain. En ce qui concerne l’envoi de volontaires sur le terrain, cela se fait sur le court terme et dans un cadre bien précis comme la récolte des olives ou l’accompagnement œcuménique sur le terrain avec une organisation telle qu’EAPPI. L’envoi de volontaires peut se faire également par le service civil de paix européen. La plupart des organisations connaissent et participent de près comme de loin au soutien de la résistance populaire de villages palestiniens tels que Bil’in et Ni’lin. Enfin, certaines organisations telles que NPA soutiennent la campagne Boycott Désinvestissement Sanctions.

En outre, certains obstacles à l’élaboration de ces projets sont récurrents compte tenu du contexte, ils méritent d’être étudiés. On notera tout d’abord le problème du financement : peu d’organisations font des demandes de subventions européennes, celles-ci comptent plus sur des financements privés ou des subventions d’Etat qui sont de plus en plus difficiles à obtenir. Ensuite, l’envoi de volontaires sur le terrain se heurte souvent à l’autorisation du gouvernement israélien et à la propagande locale d’accusations « antisémites » ou « anti-Israélites », raison pour laquelle il faut veiller à mettre en pratique le principe de double parti pris. Viennent ensuite les problèmes de communication entre les deux camps dus aux restrictions transfrontalières. Enfin, les projets de « normalisation » sont à éviter dans ce contexte. Il s’agit de projets destinés essentiellement à établir un dialogue entre israéliens et palestiniens et qui au final ne permettent que de ressentir une autosatisfaction de s’être rencontrés sans agir concrètement. Les associations européennes ou locales ne donnent pas leur soutien financier ou moral à des projets qui consistent uniquement à dialoguer. Chaque communauté doit s’engager sur le fait que la situation actuelle n’est normale ni pour les Palestiniens ni pour les Israéliens.

Voici en résumé les besoins exprimés par des associations locales et rapportés dans cette étude : le besoin de soutien moral de la part des organisations européennes (il y a déjà beaucoup de soutien international mais toutes les formes de soutien sont appréciées). Autre besoin : l’éradication de la culture de violence qui existe dans ces sociétés. A ce propos, certaines organisations pointent du doigt le fait que la Palestine détient une longue histoire de non-violence locale qu’il est nécessaire de prendre en compte et de valoriser, les organisations européennes venant travailler sur place doivent en tenir compte. Autre grand besoin : renforcer la capacité à construire et à coordonner des réseaux efficaces d’associations locales et à dépasser les relations asymétriques entre les organisations des deux camps. Un important travail de plaidoyer doit également voir le jour au sein des sociétés européennes en faveur de la résolution non-violente du conflit. Les organisations locales voient là un moyen de pression politique efficace. Il est aussi primordial de soutenir la campagne BDS dans nos pays mais aussi d’envoyer des volontaires en service civil de paix qui seraient chargés de surveillance et de protection auprès des populations civiles.
Propositions diverses : Au cours de cette enquête, des propositions de projets ont vu le jour, notamment l’idée que l’envoi de volontaires par l’intermédiaire de l’ICP pourrait compléter le travail des Christian PeaceMaker Team qui sont déjà bien implantés sur place, ce serait un signe de soutien de la part du MAN et des organisations travaillant à l’ICP. Daniel Noisette du MAN Côte d’Or a quant à lui développé toute une stratégie de pression politique via l’élaboration de pétitions qu’il serait intéressant de soutenir. Enfin, il semblerait que le moyen le plus efficace soit la pression économique via le soutien de la campagne BDS en France : cette campagne n’est pas assez connue et devrait être approfondie avec des actions visibles par la population. Il serait également intéressant pour le MAN de soutenir les projets de médiation scolaire dans les écoles locales et de s’enrichir de l’expérience des associations ayant déjà réalisé de telles missions, avec par exemple NPA.

Cette étude mérite d’être approfondie par la lecture de rapports disponibles au sein du MAN, elle ouvre des pistes de réflexion et d’action.

Décembre 2010,
Emilie Vayeratta


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